Zizanie autour de Qt WebEngine
Le problématique empaquetage de Chromium et des applications qui en dépendent

Le , par dourouc05, Responsable Qt
Qt 5.4 est venu avec une énorme nouveauté, Qt WebEngine, une intégration de Chromium (le projet libre derrière Google Chrome) pour l’intégration de contenu Web dans des applications Qt. Chromium est un véritable navigateur, avec notamment une pile réseau complète, construit sur Blink, un moteur de rendu dérivé de WebKit. L’objectif est de déprécier Qt WebKit assez rapidement.

Ce nouveau module est d’ores et déjà utilisé par certaines parties de KDE 5, comme KDE PIM, un outil de gestion des informations personnelles.

Avis des mainteneurs

Pourtant, ce mouvement ne se fait pas sans à-coup, notamment du côté des mainteneurs de KDE pour Debian et Fedora, par la voix de Lisandro Pérez Meyer. Leur grief est que Qt WebEngine est un composant logiciel très difficile à empaqueter, notamment à cause de ses nombreuses dépendances. En elles-mêmes, elles ne posent pas de problème ; cependant, Qt WebEngine les intègre dans ses sources avec des modifications, ce qui empêche d’utiliser les versions installées à l’échelle du système. Cette manière de procéder consomme plus d’espace disque et plus de mémoire, mais aussi complique la tâche lors de mises à jour de sécurité (chaque binaire doit alors être mis à jour séparément, plutôt que la copie globale).

Cette difficulté est déjà présente au niveau de Chromium et explique à elle seule pourquoi ce navigateur n’est pas inclus dans Fedora. En plus, le moteur JavaScript V8 manque de portabilité : WebKit contenait une couche d’abstraction du moteur JavaScript, que Blink (donc Chromium) a abandonné, ce qui force l’utilisation de V8. Pour Fedora, le problème est mineur, puisque V8 est compatible avec toutes les plateformes majeures visées par la distribution ; par contre, des outils comme Qt Assistant, s’ils passaient sur Qt WebEngine, ne pourraient plus fonctionner sur les plateformes secondaires (comme ARM 64 bits — dite AAarch64 —, PowerPC ou s390 — utilisée par les IBM System z).

De plus, la compilation des informations de débogage est pratiquement impossible, à cause de la quantité astronomique de RAM utilisée par l’éditeur de liens (plus de huit gigaoctets) — en augmentation depuis Qt WebKit, qui n’était déjà pas connu pour sa facilité de compilation.

Réponse des développeurs

La réponse que font les développeurs de KDE aux mainteneurs des distributions n’implique pas de grands changements du côté du développement de Qt WebKit ou de Chromium : selon Albert Astals, l’objectif d’une distribution est de fournir les logiciels demandés aux utilisateurs ; si leurs règles ne leur permettent pas de distribuer ces logiciels, c’est qu’il faut adapter les règles.

Au contraire, Franz Fellner propose d’adapter les applications : pourquoi forcer l’utilisation d’un moteur aussi complexe que Chromium quand les besoins sont relativement limités, comme afficher des courriers électroniques ?

D’autres avis sont encore plus tranchés, comme celui de Kevin Kofler : puisque Chromium n’en a cure de l’empaquetage, il faudra que Qt en maintienne sa propre version… ou déprécier le module Qt WebEngine au profit de Qt WebKit !

Sources : Distros and QtWebEngine (discussion), Deprecating modules with 5.5 (message de Kevin Kofler)


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Responsable bénévole de la rubrique Qt : Thibaut Cuvelier -